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    Réminiscence

    • il y a 7 jours
    • 3 min de lecture

    Sous le pseudonyme de Malcolm, un de nos lecteurs nous a fait parvenir cette nouvelle...


    Cest avec grand plaisir que nous lui faisons place sur l’Arche !

    Vous aussi, n’hésitez pas à nous écrire, si vous êtes lauteur de récits pouvant intéresser de jeunes lecteurs !


    Texte publié sous licence CC-BY-NC-ND


    par Lina Dūdaitė


    John Dickinson attendait comme tous les autres. C’était un homme blanc, grand, aux larges épaules. Il avait des cheveux gris, d’épais sourcils ; ses yeux étaient fatigués, son nez et ses pommettes abimés par de nombreuses blessures cicatrisées, et ses lèvres minces lui donnaient un air de vieux combattant.

    Le bus arriva, et tous montèrent calmement ; John s’assit côté fenêtre. Ils prirent l’autoroute, la ville et ses immeubles défilaient derrière les vitres sans tain. Les dernières habitations commencèrent à s’éloigner et laissèrent place à des champs de blé, où s’immisçaient les pylônes des lignes haute tension.

    John se souvint de son enfance. Ses parents étaient agriculteurs. Son père avait un corps martyrisé par le travail à la ferme, et aussi une sérieuse tendance à boire. Il arborait toujours un sourire long jusqu’aux oreilles. Il dégoûtait John. Sa mère portait tout le temps une robe à fleurs. Elle avait des cheveux blonds bouclés, ses joues rondes et ses yeux en amande faisaient d’elle une très belle femme.

    John prenait le bus scolaire, à un arrêt se trouvant à un mile de la ferme, chaque matin et soir. Il aimait regarder la campagne, les champs verts, jaunes ou fraîchement labourés. L’odeur du foin, la rouille du tracteur, le cuir de son sac. À l’âge de dix-huit ans, il partit faire ses études en ville, mais n’oublia jamais la campagne.

    Une voix tira John de ses rêveries :

    « D’où tu viens ? »

    John n’avait pas fait attention à l’homme assis à côté de lui. L’homme était en sueur, il avait une longue barbe et de longs cheveux noirs. Il était gras, grand et musclé et était recouvert de tatouages. Il était effrayant mais John en avait vu d’autres. C’est donc sans crainte qu’il répondit :

    « Sandford ».

    L’homme acquiesça d’un hochement de tête. Un brouhaha constant emplissait le bus et John avait mal aux poignets. Le décor qui défilait avait changé et les champs avaient été remplacés par une forêt de conifères. À l’horizon, se profilaient les montagnes ; l’air s’était rafraîchi. Après ses études de droit, John s’était marié à Michelle, une fille qu’il avait rencontrée dans un snack et dont il était follement tombé amoureux. Elle avait des cheveux blonds, longs jusqu’aux épaules. Elle mettait souvent des tailleurs qui lui donnaient un air très professionnel. Après une année euphorique où les voyages se succédèrent, ils emménagèrent dans une maison en forêt. Michelle avait toujours aimé la nature. L’écume rouge des couchers de soleil, le toucher froid des premières neiges, le parfum de l’essence. La souffrance coula sur la joue de John.

    Il repensait au Noël 67, durant lequel son père n’avait pas bu et où sa mère lui avait offert un vélo, il était heureux. Il repensait à Michelle et lui, admirant un coucher de soleil au bord du lac Huron. Il était heureux et elle était belle. Il repensait à la rose tatouée sur le bras de l’homme assis à côté de lui, elle aussi était belle.

    Le bus s’arrêta et John descendit avec les autres. Il faisait froid, ils commencèrent à avancer. Le géant tatoué se mit à murmurer en fermant les yeux.

    Entre deux miradors on pouvait lire :


    « Prison de Middlewood Haute Sécurité ».

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