Molly Whuppie
- il y a 3 jours
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… un conte de Grande-Bretagne
... avec des illustrations d'Eroll Lecain
Texte intégral. Texte dans le domaine public.
Attention, les illustrations ne sont pas libres de droits.

Il y était une fois un homme et une femme, qui avaient tant d’enfants qu’ils ne pouvaient plus les nourrir. Ils décidèrent donc d’abandonner leurs trois plus jeunes filles dans la forêt.
Les trois enfants errèrent, sans jamais rencontrer une maison. Il commençait à faire sombre et les fillettes avaient faim.

Finalement, elles aperçurent la lumière d’une chaumière. Elles frappèrent à la porte et une femme ouvrit. Elle dit :
« Que voulez-vous, mes petites ?
— Laissez-nous entrer et donnez-nous à manger, s’il vous plaît.
La femme répondit :
— Je ne peux pas, car mon mari est un ogre, et il vous tuerait s’il vous trouvait ici.
Mais les enfants la supplièrent avec insistance.
— Nous partirons avant qu’il ne revienne !... »
La femme les fit entrer, les plaça devant le feu et leur donna du pain et du lait. Mais au moment où elles commençaient à manger, un grand coup retentit à la porte et une voix terrible, celle de l’ogre, tonna :
« Holà !
Je sens une bonne odeur de chair humaine !
Qui as-tu donc, là-bas, femme ? »
« Eh, répondit sa pauvre épouse, ce sont trois pauvres fillettes qui ont froid et faim. Mais elles vont s’en aller. Et tu ne les toucheras pas, mon ami ! »
L’ogre ne dit mot, mais mangea de bon appétit et ordonna aux enfants de rester toute la nuit.
Il se trouve qu’il avait aussi trois filles à lui, et que les six enfants devaient partager le même lit…
La plus jeune des trois invitées s’appelait Molly Whuppie, et elle était très intelligente. Elle remarqua qu’avant d’aller se coucher, l’ogre avait mis des tresses de paille autour de son cou et de celui de ses sœurs, et des chaînes d’or autour du cou de ses propres filles. Molly prit donc garde de ne pas s’assoupir, mais attendit au contraire que tout le monde dorme profondément. Elle se glissa alors hors du lit, retira les tresses de paille de son cou et de celui de ses sœurs, puis les chaînes d’or. Elle mit ensuite la paille autour du cou des filles de l’ogre, et les chaînes d’or à son propre cou et celui de ses sœurs. Enfin, elle se recoucha.

En plein milieu de la nuit, l’ogre se leva, armé d’une grande massue, et tâta les cous des enfants. Il faisait sombre. Il tira ses filles du lit, les jeta à terre, et les frappa jusqu’à les tuer. Puis il se recoucha, pensant avoir bien fait. Molly se dit alors qu’il était temps pour elle et ses sœurs de partir de là. Elle les réveilla et leur dit de garder le silence. Elles sortirent toutes saines et sauves de la maison, et coururent, coururent sans s’arrêter, jusqu’au matin. Elles rencontrèrent alors un grand palais : il s’avéra que c’était celui d’un roi. Molly entra et raconta son histoire.

Le monarque dit :
« Eh bien, Molly, tu es une fille intelligente, et tu t’es bien débrouillée ! Mais si tu retournes voler l’épée de cet ogre, qui terrorise la contrée, je donnerai mon fils aîné pour mari, à ta sœur la plus âgée. L’ogre a l’habitude de suspendre son épée au dos de son lit. »

Molly revint donc chez l’ogre et réussit à se glisser dans la maison, puis sous le lit. Quand l’ogre se coucha, elle attendit qu’il ronfle, puis elle sortit en rampant et vola géant pour descendre l’épée. Mais au moment où elle la saisit, il y eut un bruit de cliquetis et l’ogre se réveilla. Molly se rua vers la porte, serrant l’épée contre elle. Elle courut, courut, jusqu’à ce qu’elle parvienne au « Pont d’un Cheveu ». Elle le franchit d’un bond, mais l’ogre ne put la suivre. Il dit :
« Malheur à toi, Molly Whuppie, si jamais tu t’avisais de revenir ! »
Et elle répondit :
« Encore deux fois, mon cher ! Je reviendrai en Espagne ! »
Puis elle apporta l’épée au roi, et sa sœur épousa le prince.
Le roi lui dit :
« Tu as bien agi, Molly ; mais tu peux faire mieux : si tu volais la bourse qui se trouve sous l’oreiller de l’ogre, je marierais ta seconde sœur à mon second fils. »
Molly repartit donc pour la maison de l’ogre, se glissa à l’intérieur, se cacha de nouveau sous le lit, et attendit que le monstre ait mangé son souper et soit profondément endormi. Puis elle glissa sa main sous l’oreiller et saisit la bourse ; mais juste au moment où la retirait, l’ogre se réveilla. Elle courut, courut, et l’ogre après elle, jusqu’à ce qu’ils arrivent au « Pont d’un Cheveu ». Elle le franchit d’un bond, mais il put la suivre. Il hurla :
« Malheur à toi, Molly Whuppie, si jamais tu t’avisais de revenir ! »
Et elle répondit :
« Encore une fois, mon cher ! Je reviendrai en Espagne ! »

Puis elle apporta la bourse au roi, et sa seconde sœur épousa le second prince.
Après cela, le roi lui dit :
« Molly, tu es vraiment une fille intelligente… Et si tu faisais encore mieux… Vole l’anneau que l’ogre porte au doigt, et je te marierai à mon plus jeune fils. »
Molly retourna donc à la maison de l’ogre et se cacha sous le lit. L’ogre ne tarda pas à rentrer chez lui et, après avoir mangé un gros souper, il alla se coucher et se mit à ronfler bruyamment.

Molly se glissa hors du lit et tenta d’attraper la main de l’ogre pour en retirer l’anneau ; mais alors celui-ci lui saisit le poignet en disant :
« Ah ! Maintenant, je t’ai attrapée, Molly Whuppie ! Imagine que je t’aie fait autant de mal que tu m’en as fait, dis-moi, comment te vengerais-tu ? »
Molly répondit :
« Je te mettrais dans un sac, en compagnie d’un chat et d’un chien, avec une aiguille, du fil et des ciseaux, et je te suspendrais au mur. Puis j’irais dans les bois, et je choisirais le bâton le plus épais que je pourrais trouver. Ensuite, je rentrerais à la maison et je te frapperais à mort. »
« Eh bien, Molly, dit l’ogre, c’est exactement ce que je vais faire ! »
Il prit un sac, y enferma Molly, avec un chat et un chien, une aiguille, du fil et des ciseaux, puis il la suspendit au mur et alla dans la forêt pour choisir un bout de bois.
Molly chantonna :
« Oh, oh ! Si vous voyiez ce que je vois…
— Que vois-tu donc? demanda la femme de l’ogre.
Mais Molly répondit seulement :
— Oh, oh ! Si vous voyiez ce que je vois…
La femme de l’ogre supplia alors Molly de la laisser entrer dans le sac, jusqu’à ce qu’elle voie elle aussi. Alors Molly prit les ciseaux et découpa un trou dans le sac, prit l’aiguille et le fil avec elle, sauta, puis aida la femme de l’ogre à entrer dans le sac et recousit le trou.
La femme, ne voyant rien, demanda à sortir ; mais Molly ne s’en soucia pas et se cacha derrière la porte. L’ogre revint à la maison, tenant un grand arbre sous son bras. Il prit le sac et commença à le battre. Sa femme hurla :
« C’est moi ! »
Mais le chien aboya et le chat miaula, et il ne reconnut pas la voix de sa propre femme. Molly s’enfuit ; l’ogre, la voyant, la suivit. Ils coururent jusqu’au « Pont d’un Cheveu ». Elle le franchit, mais il ne le put pas. Il cria :
« Malheur à toi, Molly Whuppie ! Tu ne reviendras plus jamais !
— Non, plus jamais, mon cher, dit-elle, je ne reviendrai en Espagne ! »

Elle apporta l’anneau au roi, épousa son plus jeune fils et plus jamais elle n’entendit parler de l’ogre…



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