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    La coupe du roi de Thulé, Louise Ackermann

    Extrait des Premières poésies, 1871

    Illustration de Norman Rockwell

    La coupe du roi de Thulé, par Pierre Jean van der Ouderaa



    Au vieux roi de Thulé, sa maîtresse fidèle

    Avait fait en mourant don d’une coupe d’or,

    Unique souvenir qu’elle lui laissait d’elle,

    Cher et dernier trésor.


    Dans ce vase, présent d’une main adorée,

    Le pauvre amant, dès lors, but à chaque festin.

    La liqueur, en passant par la coupe sacrée,

    Prenait un goût divin.


    Et quand il y portait une lèvre attendrie,

    Débordant de son cœur et voilant son regard,

    Une larme humectait la paupière flétrie

    Du noble et doux vieillard.


    Il donna tous ses biens, sentant sa fin prochaine,

    Hormis toi, gage aimé de ses amours éteints ;

    Mais il n’attendit point que la Mort inhumaine

    T’arrachât de ses mains.


    Comme pour emporter une dernière ivresse,

    Il te vida d’un trait, étouffant ses sanglots,

    Puis, de son bras tremblant, surmontant la faiblesse,

    Te lança dans les flots.


    D’un regard déjà trouble, il te vit sous les ondes,

    T’enfoncer lentement, pour ne plus remonter :

    C’était tout le passé que, dans les eaux profondes,

    Il venait de jeter.


    Et son cœur, abîmé dans ses regrets suprêmes,

    Subit sans la sentir l’atteinte du trépas.

    En sa douleur, ses yeux, qui s’étaient clos d’eux-mêmes,

    Ne se rouvrirent pas.


    Coupe des souvenirs, qu’une liqueur brûlante,

    Sous notre lèvre avide, emplissait jusqu’au bord,

    Qu’en nos derniers banquets, d’une main défaillante

    Nous soulevons encor,


    Vase qui, conservait la saveur immortelle

    De tout ce qui nous fit rêver, souffrir, aimer,

    L’œil, qui t’a vu plonger sous la vague éternelle,

    N’a plus qu’à se fermer.


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