top of page

    Si l’on gardait..., Charles Vildrac

    • 9 mars
    • 1 min de lecture

    Illustration de Ernst Ludwig Kirchner

    ... par Pierre-Auguste Renoir



    Si l’on gardait, depuis des temps, des temps,

    Si l’on gardait, souples et odorants,

    Tous les cheveux des femmes qui sont mortes,

    Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs,

    Crinières de nuit, toisons de safran,

    Et les cheveux couleur de feuilles mortes,

    Si on les gardait depuis bien longtemps,

    Noués bout à bout pour tisser les voiles

    Qui vont sur la mer,

    Il y aurait tant et tant sur la mer,

    Tant de cheveux roux, tant de cheveux clairs,

    Et tant de cheveux de nuit sans étoiles,

    Il y aurait tant de soyeuses voiles

    Luisant au soleil, bombant sous le vent

    Que les oiseaux gris qui vont sur la mer,

    Que ces grands oiseaux sentiraient souvent

    Se poser sur eux,

    Les baisers partis de tous ces cheveux,

    Baisers qu’on sema sur tous ces cheveux,

    Et puis en allés parmi le grand vent…

     

    Si l’on gardait, depuis des temps, des temps,

    Si l’on gardait, souples et odorants,

    Tous les cheveux des femmes qui sont mortes,

    Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs,

    Crinières de nuit, toisons de safran,

    Et les cheveux couleur de feuilles mortes,

    Si l’on gardait depuis bien longtemps,

    Noués bout à bout pour tordre des cordes,

    Afin d’attacher

    À de gros anneaux tous les prisonniers

    Et qu’on leur permît de se promener

    Au bout de leur corde,

    Les liens de cheveux seraient longs, si longs,

    Qu’en les déroulant du seuil des prisons,

    Tous les prisonniers, tous les prisonniers

    Pourraient s’en aller

    Jusqu’à leur maison…

    Commentaires


    © 2022 par Lucienne - Livres en liberté -. Créé avec Wix.com

    bottom of page