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    Il était une fois, Jean Richepin

    • Photo du rédacteur: Lucienne
      Lucienne
    • il y a 2 minutes
    • 1 min de lecture
    Ce poème a été publié dans le magazine Lisez-moi Bleu, le 1er mai 1912.

    Illustration de John William Waterhouse


    Il était une fois jadis

    Trois petits gueux sans père et mère.

    C’est sur l’air du de profundis

    Qu’on chante leur histoire amère.

     

    Ils avaient soif, ils avaient faim,

    Ne buvaient, ne mangeaient qu’en rêve,

    Quand ils arrivèrent enfin

    À demi morts sur une grève.

     

    L’Océan leur dit : « C’est ici

    Que va finir votre fringale.

    Mangez ! Buvez ! Chantez aussi !

    Soyez gais ! C’est moi qui régale. »

     

    Et les trois pauvres goussepains,

    Qui n’avaient jamais vu de grève,

    Ont contemplé des pains, des pains,

    Et de l’eau, plus que dans leur rêve.

     

    Sans chercher, sans se déranger,

    Ils avaient la table servie,

    De quoi boire et de quoi manger

    Tout leur soûl et toute leur vie.

     

    Hélas ! Les jolis pains mollets

    À la croûte ronde et dorée,

    C’était le désert des galets

    Jaunis par l’or de la soirée.

     

    L’eau claire et pure, l’eau sans fin

    C’était l’eau de la plaine amère.

    Ils sont morts de soif et de faim

    Les trois petits sans père et mère.

     

    Cette histoire est du temps jadis.

    Une vague me l’a narrée

    Au rythme du de profundis

    Que leur chante encor la marée.

     

     


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